Il n'est pas inutile de redonner son actualité à la vielle opposition aristotélicienne entre poésie et histoire. Non, le roman historique n'est pas "un mélange de fiction et d'histoire", il est roman, rien que roman. Et l'histoire des historiens n'est pas de la fiction, comme on voudrait parfois nous le faire croire. C'est porquoi elles ne se "mélangent" pas et la problématique de leur ajustement est assez vaine. En revanche on peut se demander comment le roman joue avec l'histoire, s'en empare pour la livrer, par exemple, à sa critique malicieuse; comment il lui arrive aussi de s'installer sur le territoire de l'histoire, mais pour contester son impérialisme explicatf. Ainsi le roman historique, genre souvent décriré, peut aborder de graves questions, mais à sa manière, qui est celle du jeu et de l'éxpérimentation de mondes possibles. C'est en tout cas le projet de trois grandes figures de la littérature allemande du XX siècle, que le lecteur découvrira sous un jour peu connu: Mann, qui n'est pas celui qu'on pense; Brecht, qui n'est pas qu'auteur de théâtre; Döblin, dont la grandeur ne se résume pas à Berlin Alexanderplatz. Et autour de ces trois-là, d'autres encore, tous ayant pour vertu commune d'avoir exprimé, dans leurs romans historiques et de leus exil, leur opposition sans faiblesse au nazisme.
