Pravda la Survireuse est une bande dessinée expérimentale réalisée à Paris par l'artiste belge Guy Peellaert, prépubliée en 12 épisodes de janvier à décembre 1967 dans les pages du mensuel Hara-Kiri, puis éditée sous forme d'album par Éric Losfeld en 1968. Elle s'inscrit dans le prolongement des Aventures de Jodelle publiées en 1966, les deux œuvres constituant les repères fondamentaux de la période pop de l'artiste. Le personnage de Pravda, allégorie de la quête de « vérité », d'émancipation et de transcendance caractérisant la jeunesse occidentale des années 1960, accompagne l'émergence de la culture rock et l'essor de l'individualisme. Peellaert s'approprie le visage anguleux et le corps longiligne de la chanteuse Françoise Hardy et fait évoluer son héroïne dans une ville-monde onirique contaminée par les signes de la société de consommation et du spectacle. Libre et solitaire, Pravda parcourt ce monde dystopique perchée sur une moto rugissante qui se transforme en panthère noire au gré des aventures. En perpétuel décalage avec son environnement, elle provoque la fascination, le désir et le chaos partout où elle passe. À travers cette œuvre radicale, indissociable du regard critique propre au pop art, Peellaert se confronte aux grands mythes et aux utopies de son époque et affirme sa propre ambiguïté à l'égard de la société de consommation, entre fascination et contestation. De son propre aveu, le personnage de Pravda est un alter-ego de l'artiste, fortement suggéré par l'influence des psychotropes que ce dernier consomme alors à des fins expérimentales. Connaissant un succès immédiat dans la France d'avant Mai 1968, puis à travers l'Europe, Pravda la Survireuse devint un symbole de la révolution sexuelle dans la bande dessinée, mais son héroïne dépassa très largement ces origines pour devenir une figure iconique du pop art et de la contre-culture, inspirant de nombreux créateurs dans des domaines d'expression aussi variés que le cinéma, la mode, la musique ou les arts vivants. =========================================== Pravda n'est pas seulement un nouveau personnage qui pulverise la dramaturgie classique des bandes dessinees, elle repond a ce que Jung, philosophe de la sensibilite, appelle notre "inconscient collectif". Pravda, Don Quichotte du XX siecle, ne lute pas contre les moulins a vent: elle les prend d'assaut, elle les brise, rien ne lui resiste. La ou elle passe "l'herbe ne pousse plus...". Est-ce a dire qu'elle n'est qu'une version feminine d'attila, un monstre allegorique qui incarne la violence de nos cites et le dechainement de nos desirs refoules? Pravda, c'est le chevalier a la quete de graal. Elle va jusqu'au bout de la verite en saccageant tout sur son passage: les "etres-objets" ne trouvent guere plus de grace a ses yeux que les machines. Pravda, ne s'en laisse jamais conter, elle ne capitule devant personne, meme lorsque elle accepte de faire un bout de chemin dans le "nirvanah" hippie avec un prince charmant (beau) qui plane... Mais cette creature onirique vit perpetuellement en decalage par rapport aux etres qu'elle croise et aux evenements qu'elle provoque: s'inscrivant en faux controle la mythologie d'un bonheur qui n'est que lethargie elle applique la devise "etre, c'est d'abord agir". D'une peripetie a l'autre Pravda n'accepte jamais de rester au point mort. Cette rage aussi la rend differente des autres heroines de bandes dessinees: elle explique la rebellion de la jeunesse actuelle, la soif de detruire pour creer autre chose sans en avoir encore projete dans l'avenir l'image exacte. Ici on reconnait l'echo profondement universel du personnage de Guy Peellaert, son humour corrosif, sa satire du monde mecanise, des faux sentiments qu'il engendre: ses coups de patte ne sont jamais communs. Pravda sait rire, meme si cela lui arrive de le faire au second degre: il y a dans son comportement une immense complicite, des clin-d'oeil au cinema americain, a la societe du "drug store" parisien, aux mille et un travers recenses par un regard critique qui ne perd jamais sa fraicheur, meme s'il est feroce, meme s'il agite l'epouvantail de la violence et s'il implique qu'un jour la dynamite ferait sauter tout cela. Au bout de son periple, Pravda tue celui qui lui avait rappele la tendresse, pour se detacher d'une sentimentalite qui allait la rendre dupe. La boucle est bouclee. - Henry Chapier
Pravda - la survireuse
Guy Peellaert, Pascal Thomas
Eric Losfeld
1968
71 páginas
2h 22m
ISBN-1: 0
Edições (1)
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