[Pierre Écrite, 1965, BONNEFOY] Une voix Nous vieillissions, lui le feuillage et moi la source, Lui le peu de soleil et moi la profondeur, Et lui la mort et moi la sagesse de vivre. J’acceptais que le temps nous présentât dans l’ombre Son visage de faune au rire non moqueur, J’aimais que se levât le vent qui porte l’ombre Et que mourir ne fût en obscure fontaine Que troubler l’eau sans fond que le lierre buvait. J’aimais, j’étais debout dans le songe éternel. - Une pierre Ô dite à demi-voix parmi les branches, Ô murmurée, ô tue, Porteuse d’éternel, lune, entrouvre les grilles Et penche-toi pour nous qui n’avons plus de jour. - Une pierre Le jour au fond du jour sauvera-t-il Le peu de mots que nous fûmes ensemble ? Pour moi, j’ai tant aimé ces jours confiants, je veille Sur quelques mots éteints dans l’âtre de nos cœurs.

