«J'espère qu'on me comptera pour quelque chose l'aventure de la petite Volanges, dont vous paraissez faire si peu de cas : comme si ce n'était rien, que d'enlever, en une soirée, une jeune fille à son Amant aimé, d'en user ensuite tant qu'on le veut et absolument comme de son bien, et sans plus d'embarras ; d'en obtenir ce qu'on n'ose pas même exiger de toutes les filles dont c'est le métier ; et cela, sans la déranger en rien de son tendre amour... En sorte qu'après ma fantaisie passée, je la remettrai entre les bras de son Amant, pour ainsi dire, sans qu'elle se soit aperçue de rien.»
Les Liaisons dangereuses
Choderlos de Laclos
Un mythe, une rêverie : la trajectoire de deux personnes qui s'habillent en dieux pour coordonner la vie de ceux qui les entourent selon ses volontés. Sensible aux sens plus animales et dominateurs de notre âme. Depuis longtemps, ce livre s'est fait connaître à moi : je lisais une interview avec une actrice d'une telenovela lorsqu'elle a dit que son inspiration pour le personnage était à la fois la Lady Macbeth et la Marquise de Merteuil, celle-ci je ne connaissais pas et l'envie de faire cette connaissance m'a amené aux Liasions Dangereuses. Je fus brûlé, il faut que je l'avoue, comme tout le monde l'est au contact de cet être presque divin. Son contrôle de soi-même, de ce qu'elle transmettrait de son visage, de ses mouvements.. ça a toujours fait mon délire et mes rêves — la scène avec la fourchette, pas présente au libre mais célèbre grâce au film.. — , mais comment n'en avoir pas envie ? Cela n'était que la description d'une déesse, d'une puissance au-delà de la force physique, tout à fait construite sur les finesses et les subtilités d'une intelligence qui la soutenais dans un monde où elle réglait, où tout ce qui était cher c'était sa volonté, ce domaine garanti par ceux qui avaient les raisons les plus forts pour le mépriser, égarés dans l'illusion de la dissimulation. Et c'est encore vrai : ce livre pour moi n'est que l'histoire de Madame de Merteuil. C'est un roman du désire, des volontés, du pouvoir. Si moderne, si universel ! Que l'extrait où Valmont raconte les plaisirs égoïstes de la charité, ces où la Marquise nous apprend son histoire et la façon dont elle a trompé Prévan (lui-même pas tout à fait angélique).. la façon même dont l'organisation des lettres nous est expliquée, les différents registres des personnages, que tout cela est superbe ! Spoiler : Si le vicomte de Valmont aimait vraiment la Présidente, son amour a perdu la bataille contre sa vanité. Son amour propre. Le livre est un grand conflit d'orgueil et vanité, aussi de liberté. Tout entouré de soie et satin. Enfin, j'ai adoré ce roman et, du coup, je renforce que, d'après moi, Valmont n'est pas le héros qu'on a peint.
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