Publié en 1986, Chronique des sept misères est le premier roman de Patrick Chamoiseau. Même si cette oeuvre n'a pas connu le succès de Texaco, on y retrouve déjà l'approche propre à l'auteur : une écriture qui raconte l'expérience collective de la Martinique dans une langue hybride qui marie le français au créole. Dans ce livre Chamoiseau porte son attention sur la relation qu'entretiennent les Martiniquais avec leur passé mais aussi avec la métropole française. Les trois marchés de Fort-de-France sont pour les djobeurs les champs de l'existence, une manière de destin à l'intérieur de laquelle ils battent leur misère. Riches de leur seule brouette, mais aussi de leur verve et de leur tendresse, ils transportent les paniers de légumes, et les marchandes les payent selon leur cœur. Parmi eux, le meilleur : Pierre Philomène Soleil, dit Pipi, amoureux sans retour de la belle métisse Anastase. Pour s'arracher à sa passion et à l'agonie des marchés, il part à la conquête du trésor d'Afoukal, puis crée un jardin luxuriant, qui sera détruit par de savants technocrates. Il meurt comme il aura vécu, dans la misère. Aux autres djobeurs de dire et de redire les souvenirs de leur vie, mi-pleurant mi-riant sur leur monde condamné, comme Pierre Philomène et ses rêves, à la disparition. « Au démarrage, prenons le commencement, donc sa mère, celle que nous appellerons Man Elo et qui deviendra reine incontestable du manger-macadam. C'était une femme ni laide ni jolie, rien ne se distinguait vraiment chez cette négresse calme et méthodique. Elle fut la neuvième fille de son père. Ce dernier, au sortir d'une nuit d'espoir devant la porte de la chambre où Fanotte, sa femme, s'était gourmée avec les affres d'un accouchement, laissa échapper un cri de déception et de colère : - Yin ki fanm, fanm ki an tÿou mwen! (Je n'ai que des femmes aux trousses!) »
Chronique des Sept Misères -
Patrick Chamoiseau
Chronique de cette misère
Mais uma vez, Chamoiseau resgata uma Martinica que agoniza em suas tradições e personagens típicos. Para tanto, ele escreve uma crônica de sete (destas) misérias - vale remarcar que existe um jogo de palavras com o título: "chronique des sept misères", quando pronunciada, também pode ser compreendida como "chronique de cette misère". Desta vez, o autor emprestou suas palavras à voz dos Djobeurs (os carregadores dos mercados de Fort-de-France). Na figura de Pipi, o "maître djobeur", Chamoiseau nos mostra a cultura do carrinho de mão que zigue-zagueava pelas ruas e corredores dos mercados da Martinica, levando e trazendo mercadorias que eram vendidas por modestos agricultores, comerciantes, "bruxas" e artesãos. "Ô cette époque! La municipalité avait tracé les choses au compas: viandes, poissons, légumes se vendaient séparément, sous des toits, entre des grilles et sur des établis. Le djob n'arrêtait pas. Les djobeurs rescapés de la guerre se reforgeaient les muscles des bras, les noeuds des épaules, le moteur des cuisses. Cette science de la brouette que nous développions décourageait les fausses vocations: être appelé maître-djobeur par les marchandes exigeait d'être vraiment fait pour, comme nous l'étions nous-mêmes [...]. Venant de partout, les marchandes débarquaient à la Croix-Mission, près du marché aux poissons. Nous nous disputions leurs paniers quand elles n'avaient pas encore de djobeur attitré. Les brouettes pleines s'envolaient vers le marché aux légumes, talonnés des marchandes soucieuses de leurs produits: Ho pas de blesse à mes tomates!..." (CHAMOISEAU, 1986, 75 et 76). Em um universo mágico, mais uma vez o autor não decepciona os seus leitores, e nos apresenta histórias fantásticas (mas que fazem parte da cultura martiniquenha), como as dos "dorlis", a do tesouro escondido por "Afoukal" e das "marchandes-zombis"... Porém, a grande crítica, mais uma vez, é a dialética que se processa entre modernidade e tradição, local e global, colônia e metrópole, escritura e oralidade, francês e língua crioula. Com uma narrativa densa, em que os personagens vão desapontando e desaparecendo, Chamoiseau nos fala de um mundo em extinção, onde as vidas e experiências eram coletivas, e cujos personagens se conectavam uns com os outros a partir de suas histórias. É isto: Chamoiseau expõe a intertextualidade da memória, a sociabilidade que interliga as pessoas, a grande rede de vivências coletivas (algo como a teoria dos 06 graus de separação). No mais, a partir dos trabalhadores do mercado de Fort-de-France, acompanhamos a decadência da produção da Martinica, cuja economia familiar é progessivamente substituida pelos supermercados internacionais e pelos empresários que tudo importa, não dando vez aos produtos locais. É a perda de uma memória coletiva que durante séculos aprendeu a lidar com a terra, a descobrir os segredos das plantas, a utilizá-las como reméditos; e, hoje, o que se vê são frutas e legumes que "nascem" nas bandejas de supermercados, comidas enlatadas e medicamentos em farmácia. O mercado em decadência se torna um monumento, recuperado em prol da memória de algo que já não existe. Agora, é frequentado por aqueles remanescentes de outras épocas que não souberam se adaptar aos "novos tempos" e por turistas em busca de uma "aura do lugar", alienados destes processos pelos quais a sociedade passa. Enfim, a vida do mercado cede espaço ao culto do passado: [dans le marché], "une indigence sybaritique nous [les djobeurs] entassait sur les caisses. Des marchandes de la grande époque du djob, ne subsistaient plus qu'Elmire et Man Elo, dernières à nous avoir connus puissants maîtres-djobeurs, auréolés de nos paysannes fidèles. Les nouvelles marchandes transportaient leurs légumes dans des casiers de plastique. Elles arrivaient le samedi en fourgonnettes aux entrées du marché où leurs hommes les aidaient à décharger, vendaient leur peu à des prix impossibles aux fonctionnaires amateurs d'un extra, et disparaissaient pour le restant de la semaine. Les marchandes-sorcières ne venaient plus: il y avait tant de pharmacies! Leurs établis servaient à la vente de carafes à touristes, et de babioles made-in-et caetera, fin de stock des entrepôts où s'approvisionnaient d'étranges revendeuses. A l'heure des hautes saisons de la mangue, du mangot ou des quénettes, quelques jeunes filles apparaissaient, impatientes derrière leurs paniers, ranimant de frémissements le trottoir près des grilles. Mais elles aussi nous ignoraient. A croire que nous étions là sans y être. Nous nous regardions incrédules, hagards souvent de surprendre nos contours devenant flous: victimes d'une gomme invisible, nous semblions tout bonnement nous effacer de la vie". (CHAMOISEAU, 1986, 215 et 216) No mercado, o comércio e toda a construção simbólica de outrora desaparece, e aqueles que lá frequentavam e viviam (como os djobeurs) se tornam "sujeitos ocultos", que veem sem serem vistos. Em outras palavras: o mercado se sucumbe à lógica do mercado, tornando-se um simples espaço de comércio (de compra e venda) e não mais de experiência comunitárias! É a Martinica DOM-TOM - francesa, internacional!
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